L’ancienne prison de Petit-Canal, un lieu discret, mais chargé d’histoire !

Par Thierry le Vendredi 02 décembre 2022 - 13722 vues

Situées sur la pointe nord de Grande-Terre, dans la commune de Petit-Canal, les ruines d’une ancienne prison ne vous laisseront pas de marbre. Cet édifice, dont la construction est estimée au début du XIXe siècle, est un lieu particulier, d’autant qu’il se trouve à moins de deux cents mètres d’un monument, au combien symbolique : le “Monument à l’abolition de l’esclavage”.

Comment se rendre à l’ancienne prison de Petit-Canal

Dénicher cette ancienne construction, qui a été inscrite au titre des monuments historiques en 1991, n’est pas très compliqué, bien qu’elle profite de peu, voire pas, de publicités. Pour vous y rendre, traversez le bourg de Petit-Canal en direction de l’embarcadère, afin d’arriver aux Marches des Esclaves. En contrebas de cet escalier qui compte 54 marches, vous quittez le chemin des escaliers aux Esclaves et suivez celui qui est sur votre droite. Très vite, vous pouvez apercevoir, au milieu d’une plaine, les vestiges d’une petite construction en pierre de calcaire, envahis d’une flore sauvage.

Une ancienne prison d’esclaves - mythe ou réalité ?

L’emplacement de cette prison nous amène inexorablement à penser qu’il s’agissait, au XIXe siècle, d’une prison d’esclaves. Pourquoi ? pour sa forte proximité avec l’embarcadère de Petit-Canal ! Effectuons un retour dans le temps et intéressons-nous de plus près à l’histoire de ce site.

Du XVIe au XIXe siècle, la traite négrière transatlantique a engendré la déportation de millions d’esclaves. Les navires négriers qui participaient à ce commerce triangulaire traversaient l’Océan Atlantique pour rejoindre les îles françaises d’Amérique, dont la Guadeloupe, afin d’y vendre leurs esclaves. Or, il se trouve que ces négriers arrivaient en Guadeloupe, précisément à l’embarcadère de Petit-Canal. À la descente du bateau, les esclaves enchaînés empruntaient le chemin des escaliers aux Esclaves pour rejoindre une esplanade où ils étaient vendus aux colons contre des marchandises locales (sucre, café, cacao, coton, etc.).

Selon la légende, les esclaves les plus récalcitrants auraient été enfermés dans cette petite prison à leur arrivée. Des meneurs d’insurrection, au sein des habitations sucrières du nord Grande-Terre, y auraient également été emprisonnés. Par ailleurs, on raconte que Hégésippe Jean Légitimus, homme politique et figure emblématique du monde syndical au XIXe siècle, y aurait été incarcéré, mais que les gendarmes auraient trouvé au lendemain de son incarcération une cellule vide, et qu’un nouvel arbre aurait poussé dans la cour. Un figuier sauvage…

Pour ce qui est de la réalité, des esclaves ont très certainement participé à la construction de cette petite prison qui date d’avant l’abolition de l’esclavage. En revanche, si certains d’entre eux se sont retrouvés enfermés entre quatre murs, ce n’est probablement pas du fait de leur condition, mais parce qu’ils auront commis un délit ou un crime, comme tout autre prisonnier puni par la loi. D’ailleurs, la date de construction de cette prison s’avère être relativement récente, en comparaison au commerce d’esclave. Mais d’où vient alors cette croyance ?

Le figuier maudit : maître des lieux

En arrivant sur le site de cet édifice historique, une vue d’ensemble vous projette immédiatement dans une nature sauvage et monumentale. Et pour cause ! un gigantesque figuier maudit, comme c’est souvent le cas dans ces conditions, s’est emparé des lieux et semble veiller sur eux, quoi que…

Dans les méandres de cet arbre aux racines très puissantes, on distingue les restes d’une enceinte en pierre qui protégeait la prison. Cette dernière se compose de deux petites structures en enfilade. La première correspond à l’entrée principale. Totalement murée, on constate que des pierres de taille, consolidant l’architecture au niveau de l’embrasure de la porte, sont toujours en place. Après avoir traversé ce premier bâtiment, vous pénétrez dans les vestiges d’une seconde construction où l’on peut encore distinguer les restes de deux cellules distinctes. Leur taille, bien que pas très grande, laisse penser qu’elles n’étaient pas conçues pour accueillir un seul prisonnier. Les fenêtres qui leur délivraient la lumière du jour et l’aération possèdent toujours quelques barreaux, bien que le toit, lui, ait complètement disparu. Le figuier, quant à lui, est omniprésent. Il s’est emparé de cet ouvrage et semble étrangler les murs encore en place, comme s’il voulait les retenir, à moins qu’il ne cherche à les dévorer.

La construction, si elle est aujourd’hui abandonnée et en très mauvais état, est sous l’emprise totale de ce figuier. Cet arbre multitroncs (Ficus citrifolia) possède d’imposantes racines, dont certaines sont à hauteur d’homme. De nombreux autres figuiers grandissent par ailleurs à ses côtés.

Comme dans bien des légendes, le figuier maudit semble être également au cœur des suppositions faites au sujet de cette petite prison délaissée, au lourd passé. L’une d’entre elles raconte qu’on aurait oublié des esclaves à jamais dans ce lieu. Une seconde est en lien avec la disparition de Légitimus. Enfin, une troisième fait état d’une vengeance des esclaves participant à cette construction, qui auraient planté des graines de figuier maudit sur le site en guise de punition. Leur revanche d’asservissement se ferait attendre, mais serait alors imparable !

Quoi qu’il en soit, l’atmosphère du site reste troublante. Bien que la construction ne soit pas si ancienne qu’on pourrait le penser au premier abord, le figuier maudit, par sa forte présence, donne l’impression du contraire. Les racines aériennes de ce colosse n’en finissent pas de se développer. Peut-être le feront-elles jusqu’à la disparition totale de cet édifice qu’elles semblent vouloir dévorer, lentement, mais sûrement.

Le temps semble s’être arrêté au cœur de cette ancienne prison, d’autant qu’elle se veut extrêmement proche des marches des esclaves. Si vous visitez Petit-Canal, ces lieux sont incontournables. Bien qu’ils nous ramènent à une période de l’Histoire tristement célèbre, ils nous font également part de l’acharnement de peuples africains qui ont su mener un combat, au combien estimable, pour l’obtention de leurs droits.

Vous souhaitez découvrir les alentours de Petit-Canal ? prenez un bateau pour vous rendre à Pointe-Sable ou naviguez sur le Canal des Rotours afin de vous immerger dans la mangrove.

Mon mot de la fin, sortez et profitez de la vie !

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